Favoriser la cohésion sociale dans les contextes frontaliers: leçons tirées de l’expérience des communautés d’accueil et des migrants à Casablanca
Delespesse, Elise / Charles Martin-ShieldsPolicy Brief (2026)
Bonn: German Institute of Development and Sustainability (IDOS)
DOI: https://doi.org/10.23661/ipb1.2026
Engl. Ausg. u.d.T.:
Fostering social cohesion in border contexts: learning from the experience of host communities and migrants in Casablanca
(Policy Brief 12/2025)
Ces dernières années, le Maroc est passé du statut de pays de transit et d’émigration à celui de pays d’installation. Cette évolution est en grande partie due à l’augmentation des restrictions frontalières et des refoulements, lesquels ont rendu les routes migratoires vers l’UE moins accessibles. En conséquence, Casablanca, qui accueillait déjà des migrants de manière durable, s’affirme désormais davantage comme un lieu central d’installation urbaine que comme une étape transitoire du parcours migratoire. Des entretiens menés avec des ONG et des OSC travaillant avec des migrants urbains et des personnes déplacées à Casablanca ont mis en évidence les façons dont la coopération au développement peut avoir un impact positif sur les contextes de migration urbaine. En effet, l’attitude plus permissive des autorités locales de Casablanca à l’égard des communautés migrantes contraste avec les pratiques policières répressives courantes à Rabat et dans les zones frontalières, ouvrant ainsi un espace à l’émergence d’organisations informelles de migrants au sein des communautés d’accueil. Ces organisations sont devenues des interlocuteurs clefs des institutions officielles, jouant un rôle essentiel dans le rétablissement de la confiance des migrants et des communautés d’accueil envers celles-ci. Avec le soutien des OSC et des ONG, les communautés elles-mêmes ont également trouvé des moyens de favoriser l’inclusion et la coopération. Les valeurs islamiques et la tradition marocaine d’hospitalité influencent la mise à disposition des biens communs au niveau des ménages et des quartiers. Les communautés d’accueil et les migrants bénéficient également, sur le plan légal, des services d’éducation et de santé fournis par les organisations gouvernementales et non gouvernementales. Le principal défi consiste àgarantir que toutes les parties soient informées des services qui leur sont accessibles, dans de nombreux cas indépendamment de leur statut migratoire. Pourtant, le discours contemporain sur la migration et le déplacement au Maroc est imprégné de xénophobie, d’exclusion et de racisme, problèmes aggravés par un environnement médiatique très critique à l’égard des migrants et des personnes déplacées. Néanmoins, les experts ont souligné l’impact des interactions positives répétées entre les migrants et les communautés d’accueil pour tempérer ces discours hostiles.
Messages politiques clefs :
- La santé, l’éducation et le logement sont des besoins universels pour les communautés d’accueil et les migrants. Il faut veiller à ce que les programmes financés soient accessibles à toutes les personnes vivant dans le quartier, qu’elles soient hôtes ou migrantes, et que les espaces, services ou ressources auxquels ils aboutissent constituent des biens communs autour desquels l’identité de la communauté peut se construire.
- Il est essentiel de faire connaître l’histoire des migrations dans les zones d’arrivée. Ces récits peuvent aider les organisations internationales à contextualiser leurs programmes et à inscrire l’immigration et les installations dans une histoire plus large autour de laquelle peut se construire une identité inclusive. Renforcer la coopération entre les organisations au niveau des villes et des municipalités à l’échelle nationale. La coopération entre les villes peut combler les lacunes en matière de connaissances sur la politique migratoire nationale et réduire la dispersion des efforts des OSC et des ONG qui travaillent avec les migrants.
Elise Delespesse est une consultante indépendante basée à Bonn, en Allemagne.